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CG92/OLIVIER RAVOIRE

La dixième rencontre de ce laboratoire d’innovation publique a abordé la question de la paupérisation, jeudi 10 avril à Boulogne-Billancourt.

En France, 14 % de la population, soit près de huit millions de personnes, vit sous le seuil de pauvreté. Au-delà de l’aspect strictement pécuniaire, la pauvreté revêt plusieurs sens. Elle est à la fois synonyme d'exclusion sociale, de repli sur soi, de désengagement politique… C’est l’ensemble de ces facettes que les intervenants ont présenté. Chacun tentant, à sa manière, d’apporter des solutions concrètes.

Bruno Tardieu est délégué national et volontaire depuis trente ans au sein d’ATD Quart Monde. Cette association travaille depuis longtemps sur la problématique de la sortie de la pauvreté, en luttant contre « la fatalité, la culpabilité et le gâchis humain » et les stéréotypes. « Les pauvres sont plus parlés qu’ils ne parlent. Du coup, la représentation que l’on se fait d’eux n’est pas toujours vraie. Par exemple, l’idée que les pauvres sont moins intelligents que les autres est encore très prégnante. » Il admet que les politiques publiques « ont du mal à penser la globalité de la personne, avec beaucoup d’interventions auprès des familles pauvres, mais souvent contradictoires » et qu’il faut « une politique globale, cohérente et prospective ».

Pour Stéphanie Schmidt, directrice co-création chez Ashoka, qui apporte un soutien financier à des entrepreneurs sociaux, cette politique passe par un partenariat entre public et privé : « 16 % de la population de l’Union européenne est en situation de pauvreté et n’a pas accès à des produits et des services essentiels. Les pouvoirs publics ne peuvent répondre à tous les besoins. » Ainsi, l’entreprise a défini six secteurs potentiels de développement économique auprès des personnes pauvres comme la nutrition, la santé ou le logement. Stéphanie Schmidt a aussi mis l’accent sur deux initiatives notables : Voisin malin, qui permet de recréer du lien social entre habitants d’un même quartier, et Crésus, qui lutte contre le surendettement.

Les collectivités locales s’impliquent aussi pour lutter contre la pauvreté. Depuis 2009, le conseil général a pour compétence la prise en charge du RSA (Revenu de solidarité active) – l’ancien RMI - qui concerne près de 30 000 foyers et 73 000 habitants dans les Hauts-de-Seine. En 2013, 3 000 personnes ont retrouvé un emploi en passant par les onze espaces insertion des Hauts-de-Seine. « Nous nous rapprochons du sur-mesure avec l’individualisation du suivi », précise Hervé Ingardia, directeur général adjoint du pôle attractivité et emploi au conseil général. Le Département a voulu aller plus loin, en passant des partenariats avec différentes entreprises et en préparant des candidats à intégrer ces sociétés. 

Enfin, la pauvreté a une autre conséquence, celle de l’absence d’accès au numérique. Ainsi, Emmaüs et l’opérateur de téléphonie SFR se sont associés en 2006 pour créer Emmaüs Connect. Cette structure permet à la fois à ceux qui en ont besoin d'obtenir des recharges de téléphone à un tarif solidaire, et d'être conseillés sur l’offre d’accès à internet la plus juste possible, afin d’éviter le surendettement. « Le numérique est à la fois un levier pour s’insérer, mais aussi un facteur d’exclusion si l’on ne maîtrise pas ces outils », précise Évelyne Heard, responsable des affaires publiques chez SFR. Aujourd’hui, 30 % de la population ne possède pas de connexion internet à son domicile. « Avec cette barrière, les personnes se retrouvent en difficulté, notamment auprès de l’administration », poursuit Cécilia Germain, d’Emmaüs Connect.

Fil rouge de cet entretien, le slameur Abd El Haq, qui a déclamé plusieurs tranches de vie et des textes sur la pauvreté.