Cahier numéro 12 - page 7

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- Les
bibliothèques
– À l’instar des EPN, les bibliothèques européennes
font face à une « crise identitaire »
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: les établissements qui n’ont pas
su évoluer face à l’émergence de nouveaux usages du numérique
souffrent aujourd’hui d’une image vieillotte et élitiste. Selon Bruno
Maresca, elles devraient donc se repositionner comme des « lieux de
loisirs et de convivialité » afin d’assurer leur propre pérennité.
Au-delà des EPN et des bibliothèques, des espaces publics comme les
centres sociaux ou les Maisons de services au public initient aussi des
réflexions similaires.
Espaces de restauration et hôtellerie
Ces espaces « publics » restent encore à ce jour les lieux de travail de
prédilection des travailleurs nomades, et leur influence dans certains
tiers-lieux de travail « professionnels » est palpable. On trouvera géné-
ralement ainsi :
- d’un côté, les
espaces de restauration
: le service de l’ancien « cyber-
café » a désormais pénétré une bonne partie des établissements de
restaurationurbains. Bars, pubs, cafés et établissements de restauration
rapide comme McDonald’s proposent aujourd’hui à leurs clients la pos-
sibilité de se connecter gratuitement à leur réseauwifi. On en retrouve
l’équivalent dans des cafétérias d’entreprise où les salariés viennent
travailler de façon informelle ;
- de l’autre, les
acteurs de l’hôtellerie
proposent généralement une
version « haut de gamme » de ces services aux populations de tra-
vailleurs nomades d’entreprise. Ces tiers-lieux prennent la forme de
bars d’hôtel ou d’espaces
lounge
. Ils peuvent être destinés aux pro-
fessionnels nomades de façon informelle, comme c’est le cas dans les
cafés wifi, ou de façon explicite comme le concept
Easywork
de l’hôtel
Mercure en gare de Lyon, qui propose un espace
lounge
au design et à
l’animation pensés pour le travail nomade.
Cette catégorie de tiers-lieux publics présente l’inconvénient de ne
permettre qu’une variété d’usages limitée (principalement le travail
nomade) dans la mesure où le modèle économique originel du lieu
est généralement contraint par des exigences fortes en matières de
renouvellement de la clientèle, et ce sur des temporalités très courtes.
Ces modèles ont cependant contribué à inspirer l’émergence d’espaces
hybrides comme Coffice ou l’Anticafé, des lieux s’apparentant à un café
classique mais explicitement dédiés aux entrepreneurs et à la « classe
créative
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» , et dont le modèle économique repose de facto entièrement
sur la présence d’une communauté de travailleurs indépendants.
2. Tiers-lieux d’émulation et d’innovation
Contrairement aux tiers-lieux publics de travail, qui sont essentiellement
des acteurs s’inscrivant dans une démarche de repositionnement de
leur offre de services face à l’évolution de leur « marché », les tiers-
lieux d’émulation et d’innovation sont des lieux d’un genre totalement
nouveau, dont l’émergence et la croissance peuvent être qualifiées
d’endémiques.
Espace de
coworking
L’arrivée du
coworking
a créé l’offre qui manquait à une demande sociétale
latente. En août 2005, Brad Neuberg décide d’ouvrir à la journée son
loft de San Francisco (
The Hat Factory
, aujourd’hui fermé) à d’autres
travailleurs indépendants afin qu’ils bénéficient d’un collectif de travail
comme dans une entreprise, tout en préservant la liberté indispensable
à tout entrepreneur. En un mot, le
coworking
permettant de réunir les
avantages des deux types d’organisation en un seul lieu.
En fait, le
coworking
a révélé que ce n’est plus le lieu – l’immobilier – qui
prime, mais la communauté et les services qu’elle apporte : socialisation,
apprentissages informels, entraide, sous-traitance et apport d’affaires,
(suite de la p. 9)
soit reconnue par le marché. L’innovation alors ne passe plus par
une approche classique (recherche en laboratoires, R&D, puis développement
industriel), mais de plus en plus par les usages. Tout cela se passe en coopération
entre des collectivités locales, des entreprises, des laboratoires de recherche,
ainsi que des utilisateurs potentiels. Il s’agit de favoriser la culture ouverte,
partager les réseaux et obtenir l’engagement des utilisateurs dès le début de
la conception
». Un
Living Lab
n’est donc pas tant un laboratoire ou une struc-
ture organisationnelle, qu’une démarche de concertation autour de la conception
d’un nouveau produit ou service. Cette démarche de conception « ouverte »,
au sens où diverses parties prenantes collaborent, présente la particularité de
faire une place à part entière à l’usager (professionnel ou profane) en lui permet-
tant de transmettre son expérience dès le début du processus et de contribuer
aux choix fondamentaux de cette conception. Extrait du site web CNR Santé.
(6) Servet M. (2009),
Les bibliothèques troisième lieu
, Mémoire d’étude pour
le diplôme de conservateur des bibliothèques, dirigé par Yves Desrichards.
(7) L’expression est de John Florida auteur des livres
The Rise of the Creative Class
and How It’s Transforming Work Leisure and Everyday Life
(2002),
The Flight of
the Creative Class: the New Global Competition for Talent
(2005) et
Cities and the
Creative Class
(2005). L’auteur explique le lien entre l’attractivité d’une ville et la
présence et valorisation du capital humain créatif, de ce qu’il a nommé la classe
créative.
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