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Photo : Jean-Luc Dolmaire

C’est de ce thème qu’ont débattu les invités des cinquièmes Entretiens Albert-Kahn organisés par le conseil général le 19 septembre 2013 à la Maison historique d'Albert Kahn à Boulogne-Billancourt.

Dans un premier temps, phase indispensable, deux intervenants ont dressé un état des lieux. David Fajolles, chargé de mission auprès du Secrétaire général du ministère de la Culture et de la Communication, a détaillél’évolution des pratiques culturelles en France entre 1973 et 2008 en s’appuyant sur une enquête réalisée par le ministère tous les sept ans. Les grandes tendances sont les suivantes : une multiplication de l’offre culturelle, un développement de la culture d’écran, des appareils nomades, de l’écoute musicale hors radio... Rien de surprenant. En revanche, David Fajolles a tenu à contredire plusieurs idées reçues : l’érosion de la culture de l’imprimé par exemple était déjà observable dans les années 70. Le boum du numérique n’en est donc pas la seule cause. Même chose pour le tassement des audiences TV. Quant à la fréquentation des établissements culturels (cinémas, musées, bibliothèques, salles de spectacles), elle est stable. La culture d’écran ne se développe donc pas au détriment des sorties. La conclusion de David Fajolles : en matière de culture, « nous sommes passés du statut d’univores à celui d’omnivores ». Aujourd’hui, c’est l’éclectisme qui définit nos goûts et nos pratiques culturels.

Frédéric Martel, auteur de nombreux ouvrages dont Mainstream, enquête sur la guerre globale de la culture et des médias, a lui dressé un état des lieux mondial des pratiques culturelles basé sur son observation dans une cinquantaine de pays. Car à cette échelle, il est très difficile de pouvoir s’appuyer sur des statistiques fiables. De par la mondialisation et le basculement numérique, « deux phénomènes qui s’agrègent ce qui amplifie leurs effets », une culture de masse s’est créée, culture très américanisée. Cependant, Frédéric Martel tient à souligner que les cultures nationales restent très fortes. Comme la musique, la télévision ou la littérature, ne serait-ce que pour des questions de langue. Il note un grand changement malgré tout : « aujourd’hui, la culture n’est plus un produit mais un service ». C’est la différence entre l’époque où l’on achetait des CD que l’on gardait chez soi et aujourd’hui où l’on s’abonne à Deezer.

Retour d'expérience 

Il a, dans un second temps, été demandé à deux autres invités de s’appuyer sur leur expérience personnelle pour répondre à la question du jour : en quoi la culture est-elle au service de notre société. Chantal Mainguené, fondatrice du réseau Môm’artre, propose un service de garde des enfants de 6 à 11 ans aux familles qui ne trouvent pas de solutions en raison de leurs horaires, leurs budgets… Il s’agit d’aller chercher les enfants à l’école, de leur donner à goûter, de les aider à faire leurs devoirs et enfin de les confier à un artiste qui les fait travailler sur un projet. La fracture culturelle est un des problèmes que Chantal Mainguené souhaite résoudre à son niveau. « 10 % des enfants ne pratiquent aucune activité après l’école, explique-t-elle. Or, la culture est au service du développement et de la constitution de l’enfant. Cela permet de développer la créativité, l’autonomie, l’expression. Cela apprend le vivre-ensemble. Des clefs indispensables pour l’avenir. »

Un point de vue partagé par le dernier invité. Olivier Meyer est le directeur du théâtre Jean-Vilar à Suresnes et du Théâtre de l’Ouest Parisien à Boulogne-Billancourt. Il est aussi le créateur du festival Suresnes Cités Danse. Selon lui, « la culture est indispensable pour tenir debout. Ce n’est pas seulement une question de qualité de vie. C’est une arme de conscience et de courage pour affronter les difficultés de ce monde. Elle facilite notre rapport avec les autres. »

« La culture est indispensable car elle crée du lien social », a conclu Patrick Devedjian.