Cahier numéro 12 - page 5

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Les tiers-lieux :
espaces de travail,
d’émulation et de vie
Xavier de Mazenod
Nathanaël Mathieu
Grégoire Epitalon
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(1) Oldenburg R. (1996), « Our vanishing third places »,
Planning Commissioners
Journal
, n.25, Hiver 1996-1997.
Évolution et éclosion des tiers-lieux
La définition de tiers-lieu a été introduite en 1989 par le sociologue
américain Ray Oldenburg : un lieu où l’on prend plaisir à se rassembler,
où l’on tient des conversations, où l’on échange. Une sorte d’agora,
publique ou privée, un café du commerce, ou comme dans son temps le
lavoir. Pour Oldenburg, la fonction sociale de ces lieux est primordiale
et commune à toutes les cultures, et elle est d’autant plus vitale face
à la montée de l’individualisme. «
La vie sans communauté a produit,
pour beaucoup, un mode de vie consistant principalement à aller et
venir entre leur domicile et leur lieu de travail. Or, le bien-être social et
la santé psychique des individus sont conditionnés par la vie en commu-
nauté.
»
1
. Pour lui, les tiers-lieux servent à la fois à unifier les quartiers
de la ville et à « encapaciter » les individus grâce aux échanges qu’ils
permettent au sein des communautés locales.
Il est utile de rappeler cette définition « originelle » puisque le tiers-lieu
tend, dans l’imaginaire collectif et particulièrement chez beaucoup de
dirigeants d’entreprises et de responsables politiques, à n’être considéré
que comme une « brique immobilière » alternative entre le bureau et le
domicile. Or la dimension clé du tiers-lieu, c’est précisément la notion de
communauté.
Vingt-cinq ans après la publication des travaux d’Oldenburg, portés par
l’essor des technologies de l’information et de la communication (TIC) et
la diversification des usages dérivés du web, des milliers de tiers-lieux
ont vu le jour avec des formes et desfins que l’auteur n’aurait puanticiper.
On constate que :
-
les communautés virtuelles prennent forme dans le tiers-lieu
– Les
communautés virtuelles puissantes qui de prime abord semblaient
avec l’essor d’Internet concurrencer les tiers-lieux tendent au contraire
à faire des tiers-lieux leurs points d’ancrage locaux. L’utilisation de
réseaux virtuels renforce l’identité sociale des individus et leurs inte-
ractions, mais ne saurait en aucun cas s’y substituer. Tout comme dans
le monde de l’entreprise, les outils numériques sont facteurs d’accé-
lération et de transformation de processus existants (en l’occurrence,
les interactions qui permettent l’existence d’une communauté) ;
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